Portrait éditorial d'Anna Kowalczyk, agricultrice bio en Mazovie

Agricultrices en Pologne : entretien avec Anna Kowalczyk, paysanne de Mazovie

Avril 2026, fin d'après-midi sur une petite route de Mazowsze, à une vingtaine de kilomètres de Płock. Le paysage de l'agriculture polonaise défile : haies, vergers de pommiers en fleurs, parcelles étroites et longues, granges en bois aux couleurs ocre. Avec ses 1,3 million d'exploitations, ses pommes qui arrivent en tête du classement européen et sa transition bio en accélération, l'agriculture en Pologne reste largement méconnue côté français. Pour aller voir de l'intérieur, j'ai rencontré Anna Kowalczyk, 42 ans, copropriétaire d'une ferme bio de 18 hectares en polyculture-élevage. Voici son regard, ses chiffres et ses agacements.

Portrait éditorial d'Anna Kowalczyk, agricultrice bio en Mazovie

Anna Kowalczyk

Agricultrice bio, Mazovie (Pologne)

Anna Kowalczyk, 42 ans, est copropriétaire avec son mari d'une ferme familiale de 18 hectares en Mazovie, dans la région de Płock. Polyculture-élevage en agriculture biologique : céréales, légumes, volailles, miel. Active dans les réseaux paysans européens, notamment ECVC – Coordination Européenne Via Campesina.

Portrait éditorial — personnage éditorial. Cet entretien est une synthèse des échanges menés par la rédaction des RNDA avec des agricultrices polonaises rencontrées lors d'événements internationaux. Aucune correspondance avec une personne réelle.

La ferme d'Anna se devine d'abord par son potager : un grand carré de terre noire où alternent rangs de pois, jeunes oignons et plants de tomates encore sous voile. Derrière, une grange en bois patiné, un poulailler ouvert sur un parcours herbeux, et plus loin une dizaine de ruches alignées en lisière de haie. Pas de tracteur surdimensionné, pas de silo géant : on est ici dans la version polonaise de la petite ferme polyvalente, ce modèle qui fait à la fois la spécificité et la fragilité de l'agriculture polonaise.

Anna nous accueille en bottes, avec sur la table un thé de menthe maison et une tarte aux pommes — fruits de la récolte 2025, gardés tout l'hiver dans une cave-fruitier en sous-sol. Le ton est posé, direct, sans fausse modestie. « Je ne représente pas toutes les agricultrices polonaises », prévient-elle d'emblée, « mais je peux raconter ce que je vois autour de moi, dans ma gmina, et dans les réseaux paysans où je travaille. » C'est tout ce qu'on lui demande.

Anna, présentez-nous la ferme : pourquoi 18 hectares en bio plutôt qu'un modèle plus intensif ?

Camille Verhoeven :

Vous êtes copropriétaire d'une exploitation familiale de 18 hectares, en polyculture-élevage et en agriculture biologique. Comment décrivez-vous votre ferme à quelqu'un qui ne connaît pas la campagne polonaise ? Et qu'est-ce qui vous a fait choisir ce modèle plutôt qu'un agrandissement vers du céréalier intensif ?

Anna Kowalczyk :

Notre ferme, c'est 18 hectares dont 6 en grandes cultures — seigle, épeautre, sarrasin, un peu d'avoine —, 2 hectares de prairie pour les volailles et la fauche, 1 hectare de maraîchage diversifié, 1,5 hectare de verger, et le reste en haies, bois, mares, chemins. On a aussi 200 poules pondeuses sur parcours, une trentaine d'oies, et 15 ruches. Tout est certifié bio depuis 2014, avec une transformation à la ferme : pain au levain, conserves de légumes, miel, jus de pomme, vinaigre. Ma vraie spécialité, c'est le pain de seigle et les pickles polonais.

Le choix du bio et du polyculturel vient d'une conviction simple : sur 18 hectares, on ne peut pas concurrencer une ferme céréalière de 200 hectares. Donc soit on s'agrandit jusqu'à devenir une autre ferme, soit on intensifie la valeur ajoutée par hectare. On a choisi la seconde voie. C'est plus de travail, plus de compétences, mais ça permet à deux adultes de vivre dignement de la ferme, et ça correspond à la tradition de l'agriculture paysanne polonaise, où la diversité et le lien direct avec la consommation locale sont historiques.

Quelle est la place des femmes dans l'agriculture polonaise aujourd'hui ?

Camille Verhoeven :

On entend souvent que les femmes sont très présentes dans la campagne polonaise, mais souvent dans une position invisible — épouses de paysans, ouvrières non déclarées, retraitées qui font tourner la ferme pendant que les fils partent à Varsovie. Qu'en est-il vraiment en 2026 ?

Anna Kowalczyk :

Les statistiques officielles disent qu'environ 30 % des chefs d'exploitation en Pologne sont des femmes, ce qui nous place parmi les pays les mieux placés de l'Union européenne sur ce critère. Mais derrière ce chiffre, il y a deux réalités très différentes. La première, ce sont les épouses qui héritent administrativement de la ferme parce que c'est plus avantageux fiscalement ou pour la KRUS — la sécurité sociale agricole. Là, le chef d'exploitation est une femme sur le papier, mais c'est encore l'homme qui décide. Cette réalité existe, surtout dans les générations au-dessus de 60 ans.

La deuxième réalité, qui progresse vite depuis 2015-2020, ce sont les vraies cheffes d'exploitation, souvent jeunes, formées, avec une vision claire. On les retrouve massivement dans le bio, le maraîchage, la transformation à la ferme, l'apiculture, les fermes pédagogiques. Sur les marchés paysans de Varsovie ou de Cracovie, vous voyez majoritairement des femmes derrière les stands. Et il y a aujourd'hui des réseaux comme Kobiety z Wiejskich Domów ou les groupements de paysannes bio qui structurent une vraie parole collective. Cette montée en puissance est un des grands changements de la décennie.

Le point dur, c'est encore la double charge : ferme + maison + enfants + parents âgés. La ruralité polonaise reste très marquée par un partage genré du travail domestique. Beaucoup de paysannes que je connais font des semaines de 70 heures sans que ce soit jamais nommé. C'est un sujet sur lequel on commence tout juste à parler ouvertement, y compris dans les rencontres rurales européennes.

Pomme, volaille, fruits rouges : comment expliquez-vous cette domination polonaise en Europe ?

Camille Verhoeven :

La Pologne est le premier producteur européen de pommes, le premier producteur de volaille, et l'un des leaders sur les fruits rouges. Comment expliquez-vous ces positions, alors que le pays est encore vu comme « émergent » sur d'autres filières ?

Anna Kowalczyk :

La pomme polonaise, c'est presque 4 millions de tonnes par an, soit environ un tiers de la production européenne. Ça vient de loin : les vergers de Grójec, juste au sud de Varsovie, sont déjà au début du 20e siècle un des grands bassins fruitiers d'Europe centrale. Le climat continental tempéré, des sols profonds, une main-d'oeuvre saisonnière disponible et un savoir-faire transmis sur quatre générations expliquent cette domination. Aujourd'hui, ce sont aussi des stations de conditionnement ultra-modernes, des entrepôts en atmosphère contrôlée, et des groupements de producteurs qui exportent vers l'Allemagne, l'Égypte, l'Arabie saoudite.

Pour la volaille, c'est différent : c'est une montée en puissance récente, surtout depuis l'entrée dans l'UE en 2004. Coûts de production très compétitifs, intégration verticale autour d'une dizaine de gros groupes, accès au marché unique européen — la Pologne est devenue le numéro un européen de la volaille en moins de quinze ans. C'est un succès économique, mais ça pose des questions sociales et environnementales que les paysannes en bio comme moi ne cessent de soulever.

Pour les fruits rouges, c'est l'héritage des petites fermes familiales : framboises, groseilles, cassis, myrtilles cultivées sur de toutes petites parcelles, souvent par des femmes, avec une cueillette manuelle. Ça alimente l'industrie agroalimentaire — confitures, sirops, jus, IQF surgelés — partout en Europe. Pour comprendre l'écosystème complet, je vous renvoie à votre dossier sur l'agriculture polonaise, qui pose bien les chiffres macro.

Petite ferme bio en Mazovie : grange en bois, jardin potager et tournesols
Une petite ferme bio en Mazovie : la grange en bois, le potager et les tournesols caractéristiques du paysage paysan polonais.

1,3 million d'exploitations : la petite taille polonaise, force ou frein ?

Camille Verhoeven :

La Pologne compte le plus grand nombre d'exploitations de l'Union européenne, environ 1,3 million de fermes, avec une taille moyenne autour de 11 hectares. Beaucoup d'économistes voient cette structure comme un frein à la compétitivité. Vous, comment la voyez-vous ?

Anna Kowalczyk :

D'abord, soyons précis : « 11 hectares en moyenne », c'est une moyenne qui cache deux mondes. D'un côté, environ 800 000 fermes de moins de 5 hectares, souvent en autoconsommation partielle, avec un revenu agricole modeste complété par une activité salariée ou la retraite KRUS. De l'autre, quelques dizaines de milliers d'exploitations de plus de 50 hectares, voire plus de 100, qui captent l'essentiel des aides directes de la PAC et qui, elles, fonctionnent comme des fermes ouest-européennes.

Est-ce une force ou un frein ? Je dis : les deux, mais pas pour les raisons qu'on entend habituellement. C'est un frein quand on pense compétitivité-export pure, économies d'échelle, productivité par travailleur. C'est une force pour la résilience alimentaire du pays : la Pologne nourrit 38 millions d'habitants en grande partie avec ses petites fermes, qui produisent une diversité qu'aucune ferme géante ne fournit. C'est une force pour le maintien des villages vivants, pour la transmission des savoirs, pour la qualité des paysages, pour l'agroécologie paysanne.

Le vrai problème n'est pas la petite taille en soi, c'est qu'on demande aux petites fermes de jouer selon les règles des grandes : subventions à l'hectare, normes techniques calibrées pour 100 ha, accès au marché passant par la grande distribution. Si on changeait les règles — circuits courts, marchés paysans, transformation à la ferme, paiements pour services environnementaux —, la petite taille deviendrait clairement une force.

La PAC vue d'une paysanne polonaise : aides, distorsions, manques ?

Camille Verhoeven :

La Pologne est, en valeur absolue, l'un des plus gros bénéficiaires de la PAC depuis son entrée dans l'UE en 2004. Pourtant, vous me disiez avant l'entretien que la PAC vous met « en colère ». Pourquoi ?

Anna Kowalczyk :

Parce que la PAC, telle qu'elle est appliquée en Pologne, profite d'abord aux grandes exploitations. Les aides directes sont essentiellement à l'hectare. Quand vous avez 200 hectares, vous touchez 200 fois la prime de base ; quand vous en avez 5, vous touchez 5 fois. Ça crée une pression énorme à l'agrandissement, et ça envoie un message clair : « l'avenir, c'est la grande ferme ». C'est exactement le contraire de ce que devrait faire une politique agricole intelligente dans un pays à 1,3 million d'exploitations.

Il y a aussi des distorsions très concrètes. Les paiements verts, les éco-régimes, l'aide bio : sur le papier, c'est très bien. Dans la réalité polonaise, les démarches administratives sont si lourdes qu'une exploitation de 8 hectares passe son temps à remplir des formulaires en triple exemplaire pour une aide qui finit à 800 euros par an. Pendant ce temps, les grandes fermes ont leurs comptables, leurs cabinets de conseil, et captent le gros des enveloppes. C'est une PAC qui simule l'équité tout en consolidant les inégalités.

Ce qui manque, à mon avis : un vrai paiement à l'actif paysan plutôt qu'à l'hectare, une reconnaissance économique de la transformation à la ferme et de la vente directe, et un soutien renforcé aux coopératives paysannes et marchés locaux. Tant qu'on n'aura pas ça, la PAC continuera d'être perçue, dans la campagne polonaise, comme une politique pour les gros, pas pour les paysans.

Marchés paysans et circuits courts : un revival en cours en Pologne ?

Camille Verhoeven :

Quand je marche dans le centre de Varsovie ou de Cracovie un samedi matin, je vois beaucoup plus de marchés paysans qu'il y a dix ans. Est-ce une réalité statistique ou une impression de touriste ? Et comment ça fonctionne, concrètement, pour vous ?

Anna Kowalczyk :

C'est une vraie réalité. Depuis le COVID en 2020-2021, les marchés paysans ont explosé en Pologne. À Varsovie, on en compte aujourd'hui plus d'une vingtaine, contre cinq il y a dix ans. À Cracovie, à Poznań, à Wrocław, à Gdańsk, c'est le même mouvement. Les targi rolne sont redevenus tendance, en particulier auprès d'une clientèle urbaine jeune, soucieuse de manger sain et de soutenir les petites fermes. C'est un changement culturel important, qu'on n'aurait pas anticipé en 2010.

Concrètement, moi, je vends sur deux marchés : un grand marché bi-mensuel à Varsovie, à 90 km de la ferme, et un marché hebdomadaire dans une petite ville à 15 km. Sur Varsovie, le panier moyen est élevé, la clientèle parle de l'origine des produits, demande des recettes, prend des photos. Sur le marché local, les prix sont plus modestes, mais la fidélité est immense. Cumulés, ces deux marchés représentent environ 60 % de notre chiffre d'affaires. Le reste, c'est de la vente à la ferme et un point relais via une coopérative.

Un outil clé a beaucoup aidé : le statut RHD — Rolniczy Handel Detaliczny, vente directe agricole — créé en 2017 et élargi depuis. Il permet de transformer et vendre directement nos produits avec une fiscalité allégée jusqu'à un certain plafond. Sans ce cadre, beaucoup d'entre nous ne pourraient pas vivre de la transformation à la ferme. C'est un exemple où la politique publique polonaise, parfois critiquée, a vraiment soutenu les paysannes et paysans.

Marché paysan polonais avec stands de légumes, fruits et miel
Sur un marché paysan polonais, les targi rolne font le lien direct entre paysannes et clientèle urbaine.

Climat et eau en Mazovie : comment vivez-vous les sécheresses ?

Camille Verhoeven :

La Pologne, et particulièrement la Mazovie, connaît depuis cinq ou six ans des épisodes de sécheresse de plus en plus marqués au printemps et au début de l'été. Comment ça se traduit chez vous, sur 18 hectares en bio ?

Anna Kowalczyk :

La Mazovie, historiquement, c'est une plaine fertile mais avec des précipitations annuelles assez modestes — autour de 550 mm. Depuis 2018, on voit des printemps quasi sans pluie pendant huit semaines, suivis d'orages très violents. Ça désorganise complètement les cycles de culture. Le seigle s'en sort relativement bien, le maraîchage souffre énormément, le verger commence à montrer des signes de stress hydrique chronique sur les jeunes plantations.

Notre réponse, depuis 2020, c'est une stratégie d'agroécologie : couverture permanente du sol avec mulch et engrais verts, plantation massive de haies brise-vent — on en a planté 1,2 km en quatre ans —, restauration d'une vieille mare pour la biodiversité et la rétention d'eau, et système de récupération d'eau de pluie sur les toits des bâtiments. On a aussi remplacé certaines cultures par des variétés plus résistantes : épeautre à la place du blé tendre, sorgho fourrager pour les volailles. Ces choix sont payants à moyen terme, mais ils demandent du temps et des investissements que beaucoup de petites fermes ne peuvent pas faire seules.

Pourquoi participer à des rencontres rurales européennes en tant que paysanne polonaise ?

Camille Verhoeven :

Vous êtes très active dans les rencontres rurales européennes, notamment via la Coordination Européenne Via Campesina. Qu'est-ce que ça vous apporte concrètement, et qu'est-ce que la Pologne apporte à ces rencontres ?

Anna Kowalczyk :

Ce que ça m'apporte : sortir de l'isolement. Une paysanne sur 18 hectares en Mazovie peut rapidement croire qu'elle est seule au monde face à ses difficultés. Aller à une rencontre paysanne en Bretagne, en Andalousie ou en Roumanie, c'est découvrir que les enjeux sont les mêmes partout : aides PAC mal calibrées, difficulté d'accès au foncier pour les jeunes, pression de l'agro-industrie, mais aussi mêmes solutions inventées localement — circuits courts, coopératives, transformation à la ferme, défense du foncier paysan. C'est un complément essentiel à ce qu'on peut voir en voyageant dans la campagne d'Europe centrale ou occidentale.

Ce que la Pologne apporte aux rencontres rurales : un modèle de petites fermes vivantes que beaucoup de pays d'Europe occidentale ont déjà perdu. Quand un paysan français de 55 ans vient chez nous et voit que dans nos villages, il y a encore 30 fermes actives, des enfants à l'école, un boulanger, un boucher — il comprend qu'il y a des modèles à défendre. La Pologne agricole n'est pas un musée, c'est un laboratoire. Pour aller plus loin sur le regard d'un agronome européen sur ces enjeux, je vous renvoie à votre interview croisée avec un agronome européen que vous publiez en parallèle.

Questions rapides : les idées reçues sur l'agriculture polonaise

Trois minutes, six idées reçues. Anna Kowalczyk tranche.

Faux

« Les fermes polonaises sont toutes minuscules et inefficaces »

Faux. La taille moyenne, c'est 11 hectares, mais il existe une grande diversité, du micro-jardin maraîcher de 2 hectares aux exploitations céréalières de plus de 200 hectares. La petite taille n'empêche pas l'efficacité quand elle est combinée à la diversification, à la transformation à la ferme et aux circuits courts. C'est même souvent plus rentable au mètre carré qu'une ferme céréalière géante.

Vrai

« La Pologne est le 1er producteur européen de pommes »

Vrai. Avec environ 4 millions de tonnes par an, la Pologne représente près d'un tiers de la production européenne de pommes, devant l'Italie et la France. Le bassin historique de Grójec, au sud de Varsovie, en concentre une grande partie. La filière exporte en Allemagne, en Égypte, en Arabie saoudite et de plus en plus vers l'Asie.

Faux

« L'agriculture polonaise reste arriérée par rapport à l'Ouest »

Faux. C'est un cliché qui date de l'avant-2004. Aujourd'hui, les grandes exploitations polonaises sont parmi les mieux équipées d'Europe, avec des stations de conditionnement de pommes parmi les plus modernes du continent. Les petites fermes ont, elles, conservé une diversité que beaucoup de pays ont perdue. L'« arriération » est une idée reçue qui ne tient plus.

Vrai

« Les femmes représentent 1 chef d'exploitation sur 3 en Pologne »

Vrai. Environ 30 % des chefs d'exploitation officiels sont des femmes, l'un des taux les plus élevés de l'Union européenne. Mais derrière ce chiffre, il faut distinguer les déclarations administratives (très répandues dans les générations plus âgées) et les vraies cheffes d'exploitation, qui progressent fortement chez les moins de 50 ans, surtout en bio et en circuits courts.

Faux

« L'agriculture bio est marginale en Pologne »

Faux. Avec environ 760 000 hectares certifiés bio en 2026, la Pologne a fortement progressé depuis 2020 (+30 %). Le bio reste minoritaire en surface, mais il est très visible sur les marchés paysans urbains et dans la consommation des classes moyennes des grandes villes. Le segment des petites fermes diversifiées en bio est le plus dynamique du pays.

Vrai

« La PAC favorise davantage les grandes exploitations polonaises que les petites »

Vrai. Les aides directes étant calculées principalement à l'hectare, ce sont mécaniquement les grandes exploitations qui en captent l'essentiel. À cela s'ajoute une lourdeur administrative qui pénalise les petites fermes, faute de moyens pour suivre les procédures. C'est une critique partagée par la quasi-totalité des organisations paysannes polonaises et européennes.

Conclusion : les 3 choses à retenir

Anna Kowalczyk — En conclusion :

1. Les paysannes polonaises ne sont plus invisibles. Elles tiennent près d'un tiers des chefferies d'exploitation, dominent les marchés paysans urbains, structurent des réseaux nationaux et européens. Les regarder, les écouter, les inviter dans les rencontres rurales européennes, c'est une étape démocratique et stratégique pour repenser l'agriculture polonaise et l'agriculture en Pologne au-delà des clichés.

2. La petite ferme polyvalente n'est pas un vestige du passé. Elle nourrit les villes, fait vivre les villages, conserve la diversité génétique et culturelle, encaisse mieux les chocs climatiques quand elle est bien menée. Elle a besoin d'une politique publique qui la reconnaisse comme un modèle d'avenir, pas comme un obstacle à la modernisation.

3. Les rencontres européennes paysannes sont vitales. Elles brisent l'isolement, créent des solidarités concrètes, font circuler les solutions et renforcent la voix collective face à l'agro-industrie. Pour une paysanne polonaise comme moi, échanger avec une éleveuse française ou un maraîcher portugais, c'est continuer à apprendre — et à résister ensemble.

Questions Fréquentes

Combien y a-t-il d'exploitations agricoles en Pologne en 2026 ?

La Pologne compte environ 1,3 million d'exploitations agricoles en 2026, soit le plus grand nombre de fermes de toute l'Union européenne. La taille moyenne reste modeste, autour de 11 hectares, avec une majorité d'exploitations familiales de moins de 10 hectares. Cette structure très atomisée distingue la Pologne de pays comme la France ou l'Allemagne, où les exploitations sont en moyenne deux à trois fois plus grandes.

Quelle est la place des femmes dans l'agriculture polonaise ?

Les femmes représentent environ 30 % des chefs d'exploitation en Pologne, l'un des taux les plus élevés de l'Union européenne. Elles sont particulièrement présentes dans les petites fermes familiales, dans la transformation alimentaire à la ferme, dans le maraîchage bio et dans les coopératives de circuits courts. Leur visibilité a beaucoup progressé depuis 2020 avec l'essor des marchés paysans et des réseaux de paysannes.

Quels sont les principaux produits agricoles polonais en Europe ?

La Pologne est le premier producteur européen de pommes, de fruits rouges (groseilles, framboises, myrtilles) et de volaille. Elle est également un acteur majeur sur le lait, la viande porcine, la pomme de terre, le seigle, le colza et les légumes de plein champ. La filière biologique polonaise progresse rapidement avec environ 760 000 hectares certifiés bio en 2026, soit une hausse de plus de 30 % depuis 2020.

L'agriculture biologique se développe-t-elle en Pologne ?

Oui, l'agriculture biologique connaît un développement marqué en Pologne depuis 2020. Le pays compte environ 760 000 hectares en bio en 2026, portés par la demande des marchés paysans urbains de Varsovie, Cracovie, Poznań et Gdańsk, ainsi que par les aides PAC ciblées sur la transition agroécologique. La filière reste néanmoins concentrée sur les petites fermes diversifiées, avec une transformation à la ferme très dynamique.

Comment fonctionnent les marchés paysans en Pologne ?

Les marchés paysans, appelés en polonais targi rolne ou bazar, sont organisés chaque semaine dans la quasi-totalité des villes et villages. Ils permettent aux paysannes et paysans de vendre directement leurs produits : légumes, fruits, oeufs, fromages, miel, charcuteries, conserves. Depuis 2020, les marchés urbains de produits fermiers se sont multipliés à Varsovie et Cracovie, avec des labels comme RHD (Rolniczy Handel Detaliczny — vente directe agricole) qui sécurisent juridiquement la vente paysanne.

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