Paysage de steppe mongole avec yourtes et troupeaux de chevaux

L'Agriculture en Mongolie : Le Dernier Grand Peuple d'Éleveurs Nomades

Entre la Russie au nord et la Chine au sud, la Mongolie abrite l'une des dernières civilisations pastorales nomades de la planète. Avec 70 millions de têtes de bétail pour seulement 3,4 millions d'habitants et un territoire de 1,56 million de km² de steppes, ce pays-continent défie les modèles agricoles conventionnels et interroge notre vision de l'agriculture au XXIe siècle.

La Mongolie Agricole en Chiffres

Parler d'agriculture en Mongolie, c'est avant tout parler d'élevage. Le secteur agricole représente environ 12% du PIB national et emploie près d'un tiers de la population active. Mais contrairement aux modèles occidentaux, la quasi-totalité de cette activité repose sur le pastoralisme extensif nomade, un mode de production hérité de Gengis Khan et perpétué depuis plus de huit siècles sur les immenses étendues de la steppe. Ce modèle pastoral partage des racines profondes avec les pratiques pastorales d'Asie centrale, que l'on retrouve également en Ouzbékistan, au Kazakhstan et au Kirghizstan, où les peuples de la steppe ont développé des savoir-faire similaires face aux mêmes contraintes climatiques.

En 2026, le cheptel mongol atteint un niveau historique de 70 millions de têtes de bétail, réparties entre les cinq espèces sacrées de la tradition nomade : les chèvres (environ 27 millions), les moutons (environ 26 millions), les bovins (environ 5 millions, dont les yacks), les chevaux (environ 4,5 millions) et les chameaux de Bactriane (environ 500 000). Ce ratio de 35 animaux par habitant est l'un des plus élevés au monde et témoigne de la place centrale de l'élevage dans l'économie et la culture mongoles.

70 M
Têtes de bétail
10 000 t
Cachemire par an
1,56 M
km² de territoire
4,5 M
Chevaux

Les Points Forts : Un Héritage Pastoral Unique

Le cachemire, or blanc de la steppe

La Mongolie est le deuxième producteur mondial de cachemire, juste derrière la Chine, avec une production annuelle d'environ 10 000 tonnes de fibre brute. Les 27 millions de chèvres de la steppe mongole produisent un duvet d'une finesse exceptionnelle, développé naturellement pour résister à des hivers où les températures descendent régulièrement sous les -40°C. Le cachemire mongol est particulièrement prisé par les maisons de luxe européennes et représente l'une des principales sources de revenus d'exportation du pays.

Troupeau de chèvres à cachemire sur la steppe mongole avec berger à cheval
Un berger nomade guide son troupeau de chèvres à cachemire sur la steppe mongole. La Mongolie est le 2e producteur mondial de cette fibre précieuse.

La viande et les produits laitiers

L'alimentation traditionnelle mongole repose sur les « produits blancs » (tsagaan idee) issus du lait de jument, de vache, de yack, de brebis et de chamelle, ainsi que sur la viande séchée (borts), véritable concentré de protéines qui permettait jadis aux cavaliers de Gengis Khan de parcourir des milliers de kilomètres. Aujourd'hui, la Mongolie produit environ 300 000 tonnes de viande par an, principalement du mouton et du boeuf, dont une partie croissante est exportée vers la Chine, le Japon et la Corée du Sud.

Les traditions nomades millénaires

Environ 200 000 familles nomades perpétuent encore le mode de vie pastoral traditionnel, se déplaçant avec leurs yourtes (ger) et leurs troupeaux au rythme des saisons entre quatre campements distincts : printemps, été, automne et hiver. Ce système de transhumance, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO, constitue l'un des derniers exemples vivants de pastoralisme nomade à grande échelle. La steppe mongole, avec ses 110 millions d'hectares de pâturages naturels, offre un espace de parcours sans équivalent sur la planète.

Le saviez-vous ?

Le cheval mongol, petit mais exceptionnellement robuste, est la monture traditionnelle des éleveurs nomades depuis plus de 4 000 ans. La Mongolie compte 4,5 millions de chevaux pour 3,4 millions d'habitants. Le Naadam, la fête nationale, célèbre les « trois jeux virils » : course de chevaux, lutte et tir à l'arc.

Les Points Faibles : Des Vulnérabilités Structurelles

Le dzud, cauchemar des éleveurs

Le dzud est le fléau le plus redouté des nomades mongols. Ce phénomène climatique dévastateur combine un été sec, qui appauvrit les pâturages, suivi d'un hiver d'une rigueur extrême avec des températures pouvant descendre sous -50°C et une couverture neigeuse si épaisse que le bétail ne peut plus accéder à l'herbe. Le dzud catastrophique de 2009-2010 a tué plus de 10 millions d'animaux, soit un cinquième du cheptel national, plongeant des dizaines de milliers de familles dans la misère. En 2023-2024, un nouveau dzud sévère a frappé le pays, causant la perte de 7,1 millions d'animaux et rappelant la fragilité extrême du système pastoral face aux aléas climatiques.

Le surpâturage et la désertification

Le triplement du cheptel en trente ans, passant de 25 millions de têtes en 1990 à 70 millions en 2026, exerce une pression insoutenable sur les pâturages. Selon le Programme des Nations Unies pour l'Environnement, près de 70% des pâturages mongols sont dégradés à des degrés divers. La prolifération des chèvres, encouragée par la demande internationale de cachemire, est particulièrement destructrice : contrairement aux moutons, les chèvres arrachent les racines de l'herbe, empêchant la régénération de la steppe. Le désert de Gobi progresse inexorablement vers le nord, grignotant chaque année des milliers d'hectares de pâturages autrefois productifs.

La quasi-absence d'agriculture végétale

L'agriculture végétale reste marginale en Mongolie. Le pays ne cultive que 1,2 million d'hectares, soit moins de 1% de son territoire, principalement dans la vallée de la Selenge et la province de Darkhan-Uul au nord. La production se limite essentiellement au blé (environ 400 000 tonnes par an), aux pommes de terre et à quelques légumes. Cette production est notoirement insuffisante : la Mongolie importe 80% de ses légumes et une part significative de ses céréales, principalement depuis la Chine et la Russie.

Production Volume annuel Observation
Bétail total 70 millions de têtes 35x la population
Cachemire brut ~10 000 tonnes 2e mondial
Viande ~300 000 tonnes Mouton, boeuf, yack
Blé ~400 000 tonnes Insuffisant, importations
Légumes Production marginale 80% importés

L'Impact de la Guerre en Ukraine sur la Mongolie

La Mongolie occupe une position géopolitique singulière qui la rend particulièrement vulnérable aux conséquences du conflit russo-ukrainien. Enclavée entre la Russie et la Chine, sans accès à la mer et dépendant de ces deux voisins pour la quasi-totalité de son commerce extérieur, la Mongolie navigue depuis 2022 dans un environnement diplomatique et économique complexe.

La hausse des prix alimentaires mondiaux, provoquée par la perturbation des exportations céréalières ukrainiennes et russes, a frappé de plein fouet un pays qui importe la majorité de ses denrées alimentaires transformées. Le prix de la farine a augmenté de 35% entre 2022 et 2025 en Mongolie, tandis que le coût des légumes importés a bondi de plus de 50%. Pour un pays où le salaire moyen reste modeste, ces hausses pèsent lourdement sur le budget des ménages urbains d'Oulan-Bator, la capitale qui concentre désormais près de la moitié de la population nationale.

La dépendance énergétique envers la Russie constitue un autre point de vulnérabilité majeur. La Mongolie importe la totalité de ses produits pétroliers de Russie et dépend partiellement de l'électricité russe pour alimenter certaines régions du nord. Les sanctions occidentales contre la Russie ont compliqué les circuits de paiement et les chaînes d'approvisionnement, sans toutefois interrompre les livraisons. Oulan-Bator cherche activement à diversifier ses sources d'énergie, notamment par le développement de l'éolien et du solaire dans le Gobi, et envisage la construction d'une raffinerie nationale avec le soutien de l'Inde.

"La Mongolie est un pays de bergers, pas de paysans. Notre richesse, ce sont nos animaux et nos espaces infinis. Mais dans un monde globalisé, notre enclavement entre deux géants nous expose à des crises que nous ne maîtrisons pas."
— Proverbe adapté d'un éleveur mongol de la province de Khentii

Face à ces défis, la Mongolie tente de diversifier ses partenariats commerciaux en renforçant ses relations avec le Japon, la Corée du Sud, l'Union européenne et les États-Unis. Le pays a signé en 2024 un accord de partenariat économique renforcé avec l'UE portant notamment sur les exportations de cachemire et de viande. La « politique du troisième voisin », doctrine diplomatique mongole qui vise à équilibrer l'influence russo-chinoise par des partenariats avec les démocraties occidentales, prend une dimension nouvelle dans le contexte post-invasion de l'Ukraine.

Les Partenariats France-Mongolie

La coopération franco-mongole en matière agricole, bien que modeste comparée aux échanges avec d'autres pays d'Asie, s'inscrit dans une dynamique croissante depuis une décennie. L'Agence Française de Développement (AFD) est présente en Mongolie depuis 2014 et finance plusieurs projets liés au développement pastoral durable, à la gestion des ressources en eau et à la lutte contre la désertification. L'AFD a notamment contribué au financement d'un programme de micro-assurance bétail destiné à protéger les éleveurs nomades contre les pertes catastrophiques liées au dzud.

La coopération vétérinaire constitue un axe prioritaire. Les écoles vétérinaires françaises, notamment l'École nationale vétérinaire de Toulouse, entretiennent des partenariats d'échange avec l'Université nationale de Mongolie. Des missions conjointes sont régulièrement organisées pour améliorer la surveillance sanitaire du cheptel mongol, lutter contre les épizooties transfrontalières et développer des protocoles de vaccination adaptés aux conditions extrêmes de la steppe. La France apporte également son expertise en matière de traçabilité des produits d'élevage, condition indispensable à l'ouverture des marchés européens à la viande et au cachemire mongols.

Le patrimoine nomade, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO avec le soutien actif de la France, fait l'objet d'une coopération culturelle spécifique. Le musée Guimet à Paris et le Musée national de Mongolie collaborent pour la valorisation de l'héritage pastoral mongol. Le tourisme culturel rural se développe progressivement, avec des circuits organisés par des opérateurs français qui proposent des séjours en immersion dans des familles nomades. Ces échanges humains, au-delà de leur dimension économique, contribuent à faire connaître en France un mode de vie et une relation à la terre radicalement différents du modèle agricole européen. La richesse des échanges culturels franco-mongols permet aussi de mieux comprendre les aspirations et le quotidien de les femmes mongoles, qui jouent un rôle fondamental dans la gestion des campements nomades et la transmission des savoirs pastoraux.

Perspectives : Quel Avenir pour le Pastoralisme Mongol ?

L'avenir de l'agriculture mongole se joue à la croisée de défis contradictoires. D'un côté, le changement climatique bouleverse les équilibres fragiles de la steppe : les températures moyennes en Mongolie ont augmenté de 2,2°C depuis 1940, soit deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et la fréquence des dzud s'accélère dangereusement. De l'autre, la pression démographique sur Oulan-Bator, où s'entassent désormais 1,5 million d'habitants dans un océan de yourtes-bidonvilles, témoigne de l'exode rural massif qui vide la steppe de ses éleveurs les plus fragiles.

Les autorités mongoles tentent de concilier modernisation et préservation des traditions. Le programme « Élevage 2030 », lancé en 2023, vise à réduire progressivement le cheptel de chèvres au profit d'un cachemire de meilleure qualité et mieux valorisé, à développer des abris pour le bétail en prévision des dzud, et à restaurer les pâturages dégradés par des techniques de rotation inspirées des pratiques nomades traditionnelles. Parallèlement, le gouvernement encourage le développement de serres et de cultures maraîchères sous abri dans les zones péri-urbaines pour réduire la dépendance aux importations de légumes.

Le développement minier, avec les gigantesques gisements de cuivre d'Oyu Tolgoï exploités par Rio Tinto, pose un dilemme existentiel. Les revenus miniers financent le développement du pays, mais l'extraction détruit des pâturages et consomme des ressources en eau précieuses dans un pays semi-aride. La Mongolie doit arbitrer entre deux modèles de développement : celui de la rente minière, rapide mais potentiellement destructrice, et celui de la valorisation durable de son patrimoine pastoral, plus lent mais ancré dans l'identité profonde du peuple mongol.

Horizon 2035

Selon la FAO et la Banque mondiale, la Mongolie devra réduire son cheptel à environ 50 millions de têtes pour assurer la durabilité de ses pâturages, tout en multipliant par trois la valeur ajoutée par animal grâce à la transformation locale du cachemire, de la viande et des produits laitiers. Un défi immense pour le dernier grand peuple d'éleveurs nomades de la planète.

Questions Fréquentes

Combien de têtes de bétail compte la Mongolie en 2026 ?

La Mongolie compte environ 70 millions de têtes de bétail en 2026, soit environ 35 fois sa population humaine de 3,4 millions d'habitants. Le cheptel se compose principalement de chèvres, moutons, chevaux, bovins et chameaux, les cinq animaux sacrés de la tradition nomade mongole.

Pourquoi la Mongolie est-elle un grand producteur de cachemire ?

La Mongolie est le deuxième producteur mondial de cachemire derrière la Chine, avec environ 10 000 tonnes par an. Les chèvres de la steppe mongole développent un duvet d'une finesse exceptionnelle pour résister aux hivers rigoureux (-40°C), ce qui produit un cachemire de très haute qualité recherché par l'industrie textile mondiale.

Qu'est-ce que le dzud en Mongolie ?

Le dzud est un phénomène climatique catastrophique propre à la Mongolie, combinant un été sec suivi d'un hiver exceptionnellement rigoureux avec des températures descendant sous -50°C et une couverture neigeuse épaisse. Le bétail, affaibli par le manque de pâturages estivaux, ne peut plus accéder à l'herbe sous la neige et meurt de faim et de froid. Le dzud de 2009-2010 a tué plus de 10 millions d'animaux.

Quel est l'impact de la guerre en Ukraine sur la Mongolie ?

La Mongolie, enclavée entre la Russie et la Chine, a été particulièrement affectée par la guerre en Ukraine. Le pays a subi une hausse significative des prix alimentaires (80% des légumes sont importés), une dépendance énergétique accrue envers la Russie pour ses hydrocarbures, et des difficultés logistiques liées aux sanctions internationales qui perturbent ses corridors commerciaux traditionnels.

La France coopère-t-elle avec la Mongolie en matière d'agriculture ?

Oui, la France et la Mongolie entretiennent une coopération agricole à travers l'AFD (Agence Française de Développement) qui finance des projets de développement pastoral durable. La coopération porte sur la santé vétérinaire, la valorisation du cachemire, la préservation du patrimoine nomade inscrit à l'UNESCO, et le développement du tourisme culturel rural.

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