Une agricultrice d'une quarantaine d'années, souriante, debout dans un champ de blé doré au coucher du soleil sur les collines de la campagne roumaine

Année internationale de la femme agricultrice 2026 : FAO, Eurostat et Europe de l'Est

2026 est l'Année internationale de la femme agricultrice : l'Assemblée générale des Nations unies l'a décidé par la résolution A/RES/78/279, et la FAO en coordonne les activités avec le FIDA et le Programme alimentaire mondial. En Europe, les chiffres d'Eurostat donnent une première mesure de l'enjeu : en 2020, 31,6 % des exploitations de l'Union européenne étaient dirigées par une femme, mais ces fermes ne couvraient que 17,4 % de la surface agricole utilisée. Cet article reprend ce que dit la FAO, puis ce que montrent les statistiques européennes, de la Roumanie à la France.

Une Année décidée par l'ONU en mai 2024

Les Nations unies désignent chaque année thématique par une résolution de l'Assemblée générale. Celle qui concerne 2026 s'intitule « Année internationale de la femme agricultrice, 2026 » : c'est la résolution A/RES/78/279, issue du projet A/78/L.59, adoptée par l'Assemblée générale le 2 mai 2024, en séance plénière et sans passage par une grande commission. Le texte déclare 2026 Année internationale de la femme agricultrice et invite la FAO, en collaboration avec les autres agences onusiennes de Rome, à en faciliter la mise en œuvre.

La résolution invite la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Selon l'organisation, elle coordonne les activités de 2026 avec les deux autres agences onusiennes installées à Rome : le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial (PAM). Le lancement officiel a eu lieu à Rome le 4 décembre 2025, en marge de la 179e session du Conseil de la FAO, avec l'Irlande et la Jordanie comme coorganisateurs de la cérémonie.

Le calendrier est dense : 2026 est aussi l'Année internationale des parcours et des pasteurs, ce qui place deux publics souvent discrets, les agricultrices et les éleveurs mobiles, au centre de l'agenda agricole mondial. L'ONU poursuit par ailleurs sa Décennie de l'agriculture familiale (2019-2028), dont l'Année de la femme agricultrice prolonge naturellement les thèmes.

Le texte ne crée aucune obligation pour les États. Une année internationale fonctionne comme un cadre de mobilisation : elle ouvre des occasions de communication, de plaidoyer et de financement, et pousse chaque pays à regarder ses propres données. C'est précisément ce que propose la seconde moitié de cet article, en prenant comme base les statistiques européennes plutôt que des moyennes mondiales.

Ce que la FAO met en chiffres

Le site de l'Année et le communiqué de lancement de la FAO reposent sur une série de chiffres mondiaux. Ils décrivent un travail massif, mais moins bien rémunéré, moins bien doté en terre et en capital, et plus exposé aux aléas du climat. Voici les principaux, tels que la FAO les formule :

  • 42 % de la main-d'œuvre agroalimentaire mondiale étaient des femmes en 2023.
  • En 2023, les systèmes agroalimentaires employaient 44 % des femmes qui travaillent, contre 37 % des hommes qui travaillent.
  • À superficie égale, les exploitations dirigées par des femmes subissent un écart de productivité des terres de 24 %, que la FAO attribue à des discriminations structurelles et à un accès inégal au capital, à l'éducation, à la technologie et aux services.
  • Les femmes salariées des systèmes agroalimentaires gagnent 78 cents pour chaque dollar gagné par les hommes.
  • Chaque journée de chaleur extrême réduit de 3 % la valeur totale des cultures produites par les agricultrices, par rapport aux hommes.
  • Une hausse de 1 °C de la température moyenne à long terme est associée, selon la FAO, à une baisse de 34 % du revenu total des ménages dirigés par une femme.
  • Le travail de soins non rémunéré, assuré surtout par des femmes et des filles, représente au moins 10,8 billions de dollars par an pour l'économie mondiale.
  • Combler les écarts de genre dans la productivité agricole et les salaires ajouterait environ 1 billion de dollars au PIB mondial et réduirait l'insécurité alimentaire pour 45 millions de personnes.

Ces chiffres sont des moyennes mondiales : ils pèsent lourd dans les pays où l'agriculture est la première source d'emploi féminin, et ils ne se transposent pas tels quels à l'Europe. L'économiste en chef de la FAO, Maximo Torero, a toutefois résumé l'idée centrale lors du lancement : le coût de l'inaction est énorme. La FAO précise aussi que ces écarts ne sont pas une fatalité ; ils tiennent à des règles, à des habitudes et à des investissements que l'on peut changer.

Les objectifs et les thèmes de l'Année

La FAO présente l'Année comme une campagne mondiale de sensibilisation et d'action collective. Elle poursuit trois objectifs déclarés : mettre en lumière la réalité vécue par les femmes dans les systèmes agroalimentaires, appeler à l'action collective et à des investissements accrus pour combler les écarts de genre, et renforcer les moyens de subsistance des femmes comme leur leadership dans les chaînes de valeur. Les thèmes retenus donnent une idée du programme de travail :

  • l'accès aux terres, au financement, à la technologie, à l'éducation et aux lieux de décision ;
  • les droits fonciers des femmes, souvent plus fragiles que ceux des hommes, y compris quand elles travaillent la terre au quotidien ;
  • la résilience au changement climatique ;
  • la situation des jeunes femmes rurales et le poids du travail de soins non rémunéré ;
  • les conditions de travail, souvent précaires, des salariées agricoles.

Le message adressé aux acteurs est large : gouvernements, villes, entreprises, organisations non gouvernementales, médias et particuliers peuvent s'associer à l'Année. La FAO met à disposition un guide de communication, une identité visuelle et un espace de travail partagé pour coordonner les initiatives. Elle annonce, pour 2026, des moments consacrés au passage des témoignages et des débats à des actions concrètes : politiques nationales, partenariats locaux, recherche, investissements et dialogue entre agricultrices, coopératives, institutions financières, réseaux de jeunes et universités.

Aucune de ces ambitions ne se lit en Europe de la même façon qu'en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud, et c'est une bonne raison de regarder les données du continent. Elles existent, elles sont comparables d'un pays à l'autre, et elles sont publiées par Eurostat.

En Europe : qui dirige les exploitations ?

Eurostat définit le gestionnaire d'exploitation (« farm manager ») comme la personne responsable de la gestion quotidienne, financière et productive de la ferme ; il n'y en a qu'un par exploitation. Cette définition compte : elle mesure qui décide au jour le jour, non qui possède la terre, qui travaille le plus ou qui apparaît dans les statuts de l'entreprise.

Deux agricultrices, l'une d'une cinquantaine d'années et l'autre d'une trentaine d'années, inspectent des plants de tomates dans une serre tunnel lumineuse
Deux générations d'agricultrices au travail dans une serre tunnel : transmettre le savoir-faire fait partie des thèmes de l'Année.

Selon la table ef_m_farmang d'Eurostat, issue du recensement agricole de 2020, l'Union européenne comptait alors 9,07 millions d'exploitations, dont 2,87 millions dirigées par une femme, soit 31,6 %. L'enquête de 2023, qui porte sur 8,8 millions d'exploitations, donne 31,5 % de femmes gestionnaires, contre 28,3 % en 2010 : la progression est réelle mais lente. Aucun État membre n'a de majorité de gestionnaires féminines. En 2023, la Lettonie (43,5 %) et la Lituanie (43,3 %) arrivent en tête ; les Pays-Bas (6,2 %), la Finlande (9,8 %), l'Irlande (10,1 %), le Danemark (10,9 %) et l'Allemagne (11,2 %) ferment la marche.

Le tableau suivant compare six cas à partir du recensement de 2020, en ajoutant une mesure que les titres de presse oublient souvent : la surface agricole utilisée que ces femmes gèrent. Les parts de surface et les superficies moyennes sont un calcul de la rédaction à partir des effectifs et des hectares de la même table Eurostat.

Pays (recensement 2020) Exploitations dirigées par une femme Surface agricole qu'elles gèrent Taille moyenne : fermes de femmes / toutes fermes
Union européenne (27) 31,6 % 17,4 % 9,4 ha / 17,1 ha
Lituanie 44,9 % 24,1 % 11,8 ha / 22,1 ha
Roumanie 37,3 % 24,8 % 2,9 ha / 4,4 ha
Pologne 34,4 % 27,5 % 9,1 ha / 11,3 ha
France 21,4 % 12,7 % 41,3 ha / 69,6 ha
Allemagne 10,8 % 7,8 % 45,6 ha / 63,2 ha

Deux lectures se dégagent. D'abord, la géographie : les pays baltes, la Roumanie et la Pologne comptent beaucoup plus de femmes à la tête de leurs fermes que l'Allemagne, la France ou les Pays-Bas (5,6 % en 2020). Ensuite, partout, la part de la surface est inférieure à la part des exploitations : les femmes dirigent plus souvent de petites fermes que de grandes.

Petites fermes, grands écarts : Roumanie, Pologne, pays baltes

La taille des exploitations est la clé de lecture la plus nette de ces chiffres. Dans l'Union européenne, en 2020, les femmes dirigeaient 36,3 % des exploitations de moins de 5 hectares, 27,2 % de celles de 5 à 29 hectares, 17,9 % de celles de 30 à 99 hectares et seulement 12,8 % de celles de 100 hectares ou plus. Plus la ferme est grande, moins la direction est féminine.

La Roumanie illustre l'effet de masse. Elle comptait 2,89 millions d'exploitations en 2020, soit près d'une exploitation européenne sur trois, dont 1,08 million dirigées par une femme. La plupart sont de très petites fermes : la superficie moyenne des fermes de femmes y est de 2,9 hectares. Notre panorama de l'agriculture roumaine décrit ce paysage de petits producteurs, dont la production nourrit surtout les familles et les marchés locaux. En Lituanie, les femmes dirigent 52,3 % des exploitations de moins de 5 hectares, mais seulement 18,3 % de celles de plus de 100 hectares.

Une agricultrice d'une cinquantaine d'années sourit derrière son étal de bois sur un marché de village polonais, entre des pots de miel et des caisses de légumes
Sur un marché de village, la vente directe fait vivre de petites exploitations dont beaucoup sont dirigées par des femmes.

La Pologne présente un profil intermédiaire : 34,4 % des fermes dirigées par des femmes, 27,5 % de la surface, ce qui est le meilleur rapport entre les deux parts de notre tableau. Les femmes y dirigent 23,8 % des fermes de 100 hectares ou plus, la proportion la plus élevée des six cas comparés. Pour comprendre ce que recouvrent ces chiffres sur le terrain, l'entretien fictif avec une agricultrice de Mazovie imagine le quotidien d'une exploitante bio, entre transformation à la ferme et vente directe.

Que signifie cette corrélation entre petite taille et direction féminine ? Les statistiques ne le disent pas. Elles autorisent un constat, non une explication : là où les fermes sont petites, nombreuses et souvent proches de l'autoconsommation, les femmes sont plus souvent désignées comme gestionnaires ; là où les fermes sont grandes, capitalisées et très mécanisées, elles le sont beaucoup moins. Les causes (héritage, statuts, accès au crédit, répartition des tâches dans le couple) varient d'un pays à l'autre et demandent des études nationales.

L'âge et la transmission

Le recensement de 2020 permet aussi de croiser le sexe et l'âge du gestionnaire. Dans l'ensemble de l'Union, les femmes représentent 25,6 % des gestionnaires de moins de 25 ans, 27,6 % de ceux de 45 à 54 ans, 29,9 % de ceux de 55 à 64 ans et 37,7 % des gestionnaires de 65 ans et plus. La part des femmes est donc la plus élevée dans les classes d'âge les plus avancées.

Le contraste est encore plus net dans certains pays : en Pologne, les femmes forment 21,0 % des gestionnaires de moins de 25 ans et 39,5 % de ceux de 65 ans et plus ; en France, 15,4 % contre 34,0 % ; en Roumanie, 33,9 % chez les moins de 25 ans et 47,5 % chez les 65 ans et plus. Il ne s'agit pas du même phénomène partout, et les très petits effectifs de jeunes gestionnaires invitent à la prudence, mais le sens général est constant : les femmes sont proportionnellement plus nombreuses dans les générations qui partent à la retraite que dans celles qui s'installent.

Ce constat rejoint une préoccupation européenne plus large : en 2023, 61,0 % des gestionnaires d'exploitation de l'Union avaient au moins 55 ans et 10,7 % seulement avaient moins de 40 ans. Les statistiques ne permettent pas de dire à elles seules si cette structure par âge reflète des départs à la retraite d'agricultrices qui ne seront pas remplacées, ou des changements de statut, mais elle place la transmission et l'installation des jeunes femmes parmi les questions que l'Année internationale invite à examiner.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Un indicateur statistique mesure une chose précise ; il ne faut pas lui faire dire davantage. Plusieurs limites s'imposent à la lecture de ces chiffres :

  • La gestion n'est pas la propriété. Eurostat compte la personne qui gère l'exploitation au quotidien. Une agricultrice qui travaille chaque jour sur la ferme familiale peut ne pas être comptée comme gestionnaire, et la propriété de la terre relève d'autres sources.
  • Le travail familial est large. En 2023, environ 85 % de la main-d'œuvre agricole régulière de l'Union était constituée de l'exploitant seul ou de membres de sa famille. Les conjointes et les aides familiales n'apparaissent pas dans la part de gestionnaires.
  • Les écarts de revenus ne figurent pas ici. La table utilisée donne des effectifs et des surfaces, pas des revenus, des rendements ni des droits à la retraite.
  • Les années ne sont pas toutes comparables. Le recensement de 2020 couvre l'ensemble des exploitations ; l'enquête de 2023 repose sur un échantillon, et certains pays n'y sont pas détaillés. Les parts de 2020 et de 2023 se complètent sans se substituer l'une à l'autre.
  • Les chiffres de la FAO sont mondiaux. L'écart de productivité de 24 % ou le rapport de salaires de 78 cents ne sont pas des mesures européennes et ne doivent pas être cités comme tels.

Ces précautions ne retirent rien à l'intérêt de l'Année ; elles aident à parler des agricultrices avec justesse. Sur un site qui, depuis des années, documente les réalités paysannes d'Europe de l'Est, la meilleure contribution reste d'indiquer ce que l'on sait, ce que l'on ne sait pas encore, et d'où viennent les chiffres.

Suivre l'Année et agir à son échelle

Que l'on soit agricultrice, élue locale, enseignante, journaliste ou simple consommatrice, plusieurs portes d'entrée sont ouvertes en 2026 :

  • suivre le site officiel de l'Année sur fao.org (rubrique « International Year of the Woman Farmer 2026 »), qui publie les ressources de communication et les événements ;
  • consulter la table Eurostat ef_m_farmang pour retrouver les chiffres de son propre pays, de sa région ou de sa taille d'exploitation ;
  • rejoindre ou soutenir un réseau paysan, une coopérative ou une association qui travaille sur la place des agricultrices et sur la transmission des fermes ;
  • rendre visibles les agricultrices de son territoire : marchés, visites de ferme, témoignages, programmes de formation.

Pour trouver un collectif auquel s'associer, la liste commentée des réseaux et associations d'agriculteurs en France et en Europe est un point de départ. Elle rassemble des organisations d'échelles très différentes, des syndicats aux réseaux de semences en passant par les coopératives.

L'Année internationale ne se mesurera pas à la quantité de communiqués, mais à ce qui aura changé à la fin de 2026 dans les politiques publiques, dans l'accès aux financements et dans les chiffres eux-mêmes. Les prochaines données d'Eurostat diront si la part des femmes parmi les gestionnaires progresse, si la surface qu'elles gèrent augmente et si les plus jeunes générations s'installent à un rythme comparable à celui de leurs aînées.

Sources principales : résolution A/RES/78/279 de l'Assemblée générale des Nations unies et projet A/78/L.59 (base documentaire de l'ONU) ; FAO, site de l'Année internationale de la femme agricultrice 2026, page « À propos », page de chiffres clés et communiqué de lancement ; Eurostat, table ef_m_farmang (recensement agricole 2020, enquête 2023) et article « Farmers and the agricultural labour force – statistics ». Les parts de surface et les superficies moyennes sont des calculs de la rédaction à partir de la table Eurostat.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'Année internationale de la femme agricultrice 2026 ?

C'est une année thématique proclamée par l'Assemblée générale des Nations unies (résolution A/RES/78/279, adoptée le 2 mai 2024). Elle vise à faire connaître le rôle des femmes dans les systèmes agroalimentaires, à encourager l'action pour combler les écarts de genre et à mobiliser des investissements. La FAO en coordonne les activités avec le FIDA et le PAM.

Quelle part des exploitations européennes est dirigée par des femmes ?

Selon Eurostat, 31,6 % des 9,07 millions d'exploitations de l'Union européenne étaient dirigées par une femme lors du recensement agricole de 2020. L'enquête de 2023 donne 31,5 %, contre 28,3 % en 2010. La Lettonie et la Lituanie sont en tête (environ 43 % en 2023) ; les Pays-Bas, la Finlande, l'Irlande, le Danemark et l'Allemagne sont sous les 12 %.

Pourquoi les agricultrices gèrent-elles moins de surface que leur part d'exploitations ?

Parce qu'elles dirigent en moyenne de plus petites fermes : 9,4 hectares pour les fermes dirigées par des femmes, contre 17,1 hectares pour l'ensemble des fermes de l'Union (recensement 2020). Les statistiques d'Eurostat établissent ce constat sans en donner les causes, qui varient selon les pays.

Les chiffres de la FAO s'appliquent-ils à l'Europe ?

Non, pas directement. L'écart de productivité de 24 % entre exploitations de même taille, le rapport de salaires de 78 cents pour un dollar ou la part de 42 % des femmes dans la main-d'œuvre agroalimentaire sont des moyennes mondiales publiées par la FAO. Pour l'Europe, il faut se reporter aux données d'Eurostat et aux statistiques nationales.

Comment participer à l'Année internationale ?

La FAO indique que gouvernements, villes, entreprises, organisations non gouvernementales, médias et particuliers peuvent s'y associer, et met à disposition un guide de communication et une identité visuelle. À l'échelle locale, on peut soutenir un réseau ou une coopérative, rendre visibles les agricultrices de son territoire et suivre les données d'Eurostat sur la gestion des exploitations.